13 mars 2010

Destroy

Après la place Sané, je trouve enfin la voie ferrée et je presse le pas, la gare est loin. Il est 11h24, je jette mon mégot et cours à la borne automatique: le train ne s'affiche pas. Il est trop tard. Tant pis, je saute dedans à la première porte et tombe nez-à-nez avec le contrôleur: tarif de bord, le voyage me reviendra à plus cher qu'une Veuve Clicquot. Si je n'avais pas voulu, avant de partir, reprendre les histoires de Smith et Blake à la guitare, accompagner sa reprise de Neil Young à l'harmonica, je l'aurais eu à un prix plus abordable... Mais après tout, nous aurions pu aller au restaurant, à un concert, commander des pizzas, j'avais même failli aller boire une bière avec un autre, alors, ce seront là les sous que je n'ai pas dépensé hier.

Et le train quitte la Superbe. Bêtement, nous passons à Landerneau sans nous arrêter, sans allure. Le soleil est chaud, mes mains sont rouges et moites, et me voilà face à la question qui me hante depuis avant-hier soir avec une intensité variable. T'en es où, boy, à la Superbe? C'est la voix de Brigitte. Elle donne un aspect doux et confortable à ce malaise, sans rien enlever à la nécessité de s'en sortir un jour, elle en fait quelque chose de nonchalant, presque joyeux. Eh bien, j'ai de nouvelles idées. Pratiques. Limiter les durées: arriver et repartir aussitôt, avant de me retrouver face à l'ennui de personnes que pourtant je ne veux pas rayer définitivement de mon existence. Les envahir par à-coups pour mieux peut-être me laisser envahir aussi... Prendre et donner, en somme, brusquement, avant d'être emmerdé par le doute, qui toujours arrive en même temps que l'insouciance. Finalement, l'insouciance n'existe pas. Mon insouciance, moi, c'est l'action.

Destroy, destroy, destroy. Autre paradoxe fascinant. Destroy qui ici vous nargue et vous attire mais se dérobe dès qu'on le touche, destroy brillant de mille feux et s'effondrant lorsqu'on lui parle. Destroy bandant et castrateur. Destroy destructeur, qui chaque fois me montre dans un vieux village abandonné quand je me crois bâtisseur. Me laisse entendre que je ne suis rien alors qu'en arrivant vers lui j'étais certain de ma force. Destroy.

Allez, je me soustrais à tout ça, voilà le train qui comme d'habitude va traverser mon pays sans m'y arrêter, je file à la ville et on va sans doute me déloger de la place que j'ai prise.

Posté par Ivi Kromm à 11:57 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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