Feu d'origine inconnue

21 septembre 2010

Je n'ai même pas pris de photo
Il n'y aura pas de souvenir
Mes traces vont s'effacer et mon cerveau
A déjà oublié.

Je vais finir mon travail de sape. Saper ma vie, cet endroit où je me suis construit va disparaitre par ma faute et je ne ressentais rien, rien, jusqu'à ce qu'elle rentre dans la pièce et que j'explique, voilà que ça pique, il était beau mon squatt d'adolescent, sur le parquet fumé, les tapisseries déchirées, les armoires cassées, les branches tapant à la fenêtre et tous mes objets, mes livres et mes papiers logeant les araignées.

Dans le poste le chanteur lâche ses flèches et enfonce dans mon cerveau des pieux d'argile qui m'immobilisent et nous sommes prisonniers de l'inutile, dit-il. Il y avait un grand rideau qui permettait d'entrer et des bureaux, un vieux lit ou des couvertures de toutes couleurs se laissaient aller au sol, des tapis poussiéreux où je posais mes grolles et d'innombrables sacs, des livres et des cartons. Des insectes qui claquaient de saison en saison. Des bougies et des clopes écrasées dans les cendars en terre. Les meubles étaient pleins de merveilles amassées à droite et à gauche dans ma vie de débauche où j'allais de train en car et je marchais toujours, je marchais, longues heures d'écriture et de chants, de fantasmes sensuels et de sommeil dans la lumière du matin ondulant parmi les feuilles d'arbres.

Dans ce lit mes amours imaginaires
Ont pris toutes sortes de plaisirs
J'écrivais mes délires et jouissais
Dans la lumière du matin.

A goûter trop souvent à la satisfaction
J'en ressortais frustré et posais pied à terre
Pour reprendre mon trip avec résignation
Exagérant toujours les envies de mes pairs.

Dans les litres de thé, curiosité perverse
Abandonné au vice des marchands de luxure
Je buvais ma jeunesse et nourrissait mes cures
De sexualité brute en râlant à la tierce.

J'ai retiré les draps.

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13 mars 2010

Destroy

Après la place Sané, je trouve enfin la voie ferrée et je presse le pas, la gare est loin. Il est 11h24, je jette mon mégot et cours à la borne automatique: le train ne s'affiche pas. Il est trop tard. Tant pis, je saute dedans à la première porte et tombe nez-à-nez avec le contrôleur: tarif de bord, le voyage me reviendra à plus cher qu'une Veuve Clicquot. Si je n'avais pas voulu, avant de partir, reprendre les histoires de Smith et Blake à la guitare, accompagner sa reprise de Neil Young à l'harmonica, je l'aurais eu à un prix plus abordable... Mais après tout, nous aurions pu aller au restaurant, à un concert, commander des pizzas, j'avais même failli aller boire une bière avec un autre, alors, ce seront là les sous que je n'ai pas dépensé hier.

Et le train quitte la Superbe. Bêtement, nous passons à Landerneau sans nous arrêter, sans allure. Le soleil est chaud, mes mains sont rouges et moites, et me voilà face à la question qui me hante depuis avant-hier soir avec une intensité variable. T'en es où, boy, à la Superbe? C'est la voix de Brigitte. Elle donne un aspect doux et confortable à ce malaise, sans rien enlever à la nécessité de s'en sortir un jour, elle en fait quelque chose de nonchalant, presque joyeux. Eh bien, j'ai de nouvelles idées. Pratiques. Limiter les durées: arriver et repartir aussitôt, avant de me retrouver face à l'ennui de personnes que pourtant je ne veux pas rayer définitivement de mon existence. Les envahir par à-coups pour mieux peut-être me laisser envahir aussi... Prendre et donner, en somme, brusquement, avant d'être emmerdé par le doute, qui toujours arrive en même temps que l'insouciance. Finalement, l'insouciance n'existe pas. Mon insouciance, moi, c'est l'action.

Destroy, destroy, destroy. Autre paradoxe fascinant. Destroy qui ici vous nargue et vous attire mais se dérobe dès qu'on le touche, destroy brillant de mille feux et s'effondrant lorsqu'on lui parle. Destroy bandant et castrateur. Destroy destructeur, qui chaque fois me montre dans un vieux village abandonné quand je me crois bâtisseur. Me laisse entendre que je ne suis rien alors qu'en arrivant vers lui j'étais certain de ma force. Destroy.

Allez, je me soustrais à tout ça, voilà le train qui comme d'habitude va traverser mon pays sans m'y arrêter, je file à la ville et on va sans doute me déloger de la place que j'ai prise.

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03 février 2010

La voiture s'est arrêtée tout à coup devant la petite maison et immédiatement le charme de l'endroit m'a saisi. Cette drôle d'impression qui accompagne souvent ces lieux qu'on n'investit plus depuis longtemps que par le rêve ou le souvenir, ce délice, cette non-concordance, ce contenu qu'il faut soudain donner à une idée, un songe, je ne pouvais que prendre le temps d'y goûter, et je ne suis pas sorti tout de suite. L'énorme eucalyptus nous surplombait. Ce bel arbre qui me symbolise et qu'il faudra sans doute abattre... Si je suis appelé à revenir ici, je reviendrai autrement, différent de celui que j'étais à l'époque. Ce ne sera plus moi, enfin, pas exactement le même: j'y serai vraiment, et non plus par procuration.

Dans le champ, à l'arrière, un grand âne nous suivit des yeux et puis de tout son corps. Le bouc nain, à l'attache, n'a pas bougé d'un poil, comme les statues fantastiques autour de nous, et encore autour la ronce, les bocs vides, les restes de neige.

Vas-tu venir toi aussi, mon frère, vas-tu te lancer avec moi dans cette aventure? Dans le train vers la ville, je suis excité par les questions qui se posent, attiré sans oser la regarder en face par l'immensité du vide: il n'y a pas d'avenir là-bas, pas de bornes à la route puisqu'elle n'est pas tracée. Sacrée merde, tout est possible! Tout est possible.

Comme tu danses la belle,
Virevoltes à mon bras
Mais que dis-tu pucelle
D'un petit pas de côté?
En sortant de la piste
Ton talon peut casser
Mais tu sais qu'il existe
D'autres joies à goûter.

Alors nous ne danserons plus, nous ne pourrons plus remonter sur la piste... Mais nous ferons l'amour pour, pour...

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18 janvier 2010

La vie s'écoule et coule la Mayenne
As-tu vu la poudreuse sur les quais de Laval?
Rien ne change d'un coup, tu sais la vie est belle
Et c'est par petits bouts que nous tuerons le mal.

A ceux qui nous appellent, qui nous apostrophent
Nous offrirons le thé et fumerons nos tiges
En regardant tomber les feuilles qui voltigent.

Cultivant les saveurs au rythme des saisons
Nous soûlant tout l'hiver près de la cheminée
Nous ferons de nos vies ce que notre pensée
Avait rêvé dès l'aube et lorsque nous mourrons

La vie s'écoulera, coulera la Mayenne.

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17 janvier 2010

Tom Waits

She wasn't Waiting for Tom
But Tom shot her in the right place
Now she doesn't need money anymore...
She works.
She hides.
She defies everyone, even herself
And mostly:

She lives.

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15 janvier 2010

Vieux masque poussiéreux

Ivi Kromm gambade un peu partout de manière aléatoire et désordonnée... Vous le trouverez dans des gares, l'air perdu et sorti d'on ne sait où, une clope à la main, ou bien concentré sur une feuille de papier puis regardant par la fenêtre, attablé dans un café, une tasse devant lui... Ivi Kromm écrit tout le temps. Il entreprend, lance des projet, commence des centaines de feuilles mais termine rarement. Sa seule certitude: entre la bonne société française et lui, il y a un décalage. Alors? Parler. Faire du littéraire ailleurs que dans les boîtes crâniennes, et surtout hors des petits milieux, hors des cercles de profs, hors de ces endroits qui donnent la gerbe, où l'on dépose sa gerbe, avec sa petite tenue. Des angles de rues où on le voit recracher sa fumée, le regard fatigué, au comble de l'anti-littéraire, l'ordinateur, il chie, il dégueule, avec la conviction que l'art est un refuge, un repaire, un QG, un hôpital, un bordel, un restaurant, un magasin d'armes. S'armer l'esprit, ça arme les mains.

Pas d'attaches. Quelques racines. Des choses à partager. De la fumée, en quatre louchées d'alexandrins.

Fumée, fumée, oui, de la tasse à clope, qui rentre par une oreille, qui embrume les yeux et colore la bouteille descendue, vertigineuse, dans les ventres d'où naissent les enfants et la rage.

Minuit: douze coups.

L'horloge frappe dans le crocodile, la cloche tonne sur la ville et l'on tend l'oreille, l'œil aux aguets, pour entendre l'histoire qui commence: premier chapitre. Deuxième chapitre. Et puis le ton s'envole, rapide, il nous tient, haletant... Alors on peut conclure. Et revenir à la vie.

Fire of unknown origin took my baby away!
Swept up and off my wavelength,
Swallowed her up like the ocean,
In a fire thick and gray.
Death comes sweeping up the hallway in a ladies' dress,
Death comes riding down the hallway in it's sunday best,
Death comes driving; death comes creeping; death comes I can't do nothing.
Death goes, there must be something that remains!
Death, it made me sick and crazy 'cause that fire took my baby away.

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09 décembre 2009

J'ai envie d'un truc un peu fort, tu sais
Des corps
Je bois, j'avale, je mords
Un truc sans efforts
Tu sais, des corps.

Ne bouges pas
Tu bouges et t'es mort
Ton corps
Tu sais, tu es là
Tu ne fais pas d'effort
Je mords.

Et des morceaux de toi
Sur les murs, le décor
Je t'attrape, tu vois
Je mords.

Merveille des merveilles, je viens m'offrir à toi et tu m'ignores, tu observes les papillons qui toujours volent autour de toi et s'offrent à tes regards, merveille des merveilles tu ennuies le soir! Tu gises dans la flemme aliénée, corrompue, t'ai-je prise pour une autre ou forcé le hasard? J'accours à la recherche de ta course effrénée et quand je crois t'avoir trouvée enfin, tu deviens illusoire, t'ai-je trop espérée, me suis-je oublié, nu, ou mon corps, ou ma chair est-elle encore honteuse, pour tourner avec toi dans les longues herbes folles? Je n'ai pas su trouver les mots qui claironnent et n'ai jamais, jamais, voulu les préparer.

Je me fous des sarcasmes et j'aime la violence des envies, des rapports, je ne me force pas à être ce que j'ai envie d'être, je le suis. M'assumer n'est pas difficile, ne me demande pas d'effort, des corps, des corps, et si parfois des sentiments, des émotions m'arrêtent alors comme j'apprécierais qu'on me tende la main, je ne rejette rien et si tu me répètes tes mots séducteurs, si tu me forces un peu - eh, je l'ai fait pour toi - pousse-moi et je tombe, pousse-moi et je t'aime, pousse-moi et merci enfin de m'avoir poussé, moi qui pensais que je ne saurais pas nager.

Dégage-moi dans l'eau trouble si t'aimes t'y baigner,
Je suis un baroudeur...
Et je ne suis pas là par hasard.

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29 octobre 2009

1213277937_J_ai_jou_tout_seul_un_jeu_que_je_ne_comprenais_pas_

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11 septembre 2009

La chose Kromm

En quatre ans, mon travail a pas mal évolué. La chose Kromm apparait tout à coup et va se construire petit à petit pour faire disparaître tout ce qui a précédé.

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